Rentrée scolaire et "Botoù Koad".
Souvenirs, souvenirs...
La rentrée scolaire à l’école de la République était aussi solennelle que la première communion à l’église Catholique. L’instituteur, bien sanglé dans sa blouse grise, et conscient de son autorité, tremblait un peu en observant ses garnements pénétrer dans le temple de la connaissance. Nous étions sur son terrain ; l’épaisseur d’un mur, le franchissement d’une porte avait suffi pour faire de nous des étrangers, des exilés dans notre propre village.
Mais la faune et la flore locales étaient toujours là, présentes dans nos poches et nos cartables. La boîte d’allumettes ou de pastilles, percée par nos soins pour permettre la survie d’un insecte, allait reprendre sa place dans le pupitre ; mais le grillon du mois de Juin avait fait place au vers luisant souvenir des retours nocturnes de nos promenades estivales. La nature bretonne était bien présente dans la salle de classe, le poil à gratter n’était pas d’importation, nous l’avions cueilli le long du chemin qui mène à l’école.
Cependant la rupture d’avec le pays breton avait été nette, brutale, déchirante. Nos sabots alignés le long du mur, près de la porte, en témoignaient. Ils étaient là, comme en pénitence, attendant sagement les récréations et la fin de la journée pour reprendre vie sous nos pieds d’écoliers bretons. Dernière survivance du costume breton, nos botoù koad (sabots de bois) étaient notre fierté. Il fallait être Parisien ou habiter le bourg pour leur préférer des souliers de cuir.
Aujourd’hui, dans un rêve, j’entrevois mes sabots alignés près des sandales de Moïse et de Josué. Comme eux, Dieu m’interpelle, à l’école de la foi il m’appelle. « Ote tes souliers de tes pieds », me dit-il par la plume de Moïse. Et « Je t’enseignerai ce que tu auras à dire et à faire. » (La Bible, Exode 3 v. 5 et 4 vv. 12,15.)
A l’appel de Dieu mon être s’éveille, je veux à nouveau chausser des sabots. Des sabots de bois, des botoù koad, que je pourrais enlever en un clin d’œil, les tenir à la main ou les poser dans un coin, pour dire au Maître de l’univers : « Seigneur, sur une terre qui est la tienne, me voici à ton écoute. Enseigne-moi Ta Parole. Qu’en mon âme elle inculque ta sagesse afin que mes pieds suivent Tes sentiers. Voyant Jésus pour moi, de la crèche à la croix s’abaisser, Seigneur, je n’ai pu que me déchausser. Puis, ayant appris qu’il a expié mon péché et qu’il est ressuscité, je reçois Ton Esprit. Seigneur, face à l’immensité de ton amour, malgré mon âge, je ne suis qu’un écolier ! Avec ou sans sabots, apprend-moi à marcher dans tes voies ! »
Que nos sabots soient de bois ou de souvenirs, prenons le temps de les ôter pour découvrir que Dieu est là, tout près, et n’attend que notre bon vouloir pour se faire connaître à nous et nous ouvrir la porte de son Royaume.
Bonne rentrée !

