Rentrée scolaire et "Botoù Koad".

Monday, 17 September 2007


Souvenirs, souvenirs...

Le souvenir du temps où l’on se déchaussait pour entrer en classe me revient en mémoire.
La rentrée scolaire à l’école de la République était aussi solennelle que la première communion à l’église Catholique. L’instituteur, bien sanglé dans sa blouse grise, et conscient de son autorité, tremblait un peu en observant ses garnements pénétrer dans le temple de la connaissance. Nous étions sur son terrain ; l’épaisseur d’un mur, le franchissement d’une porte avait suffi pour faire de nous des étrangers, des exilés dans notre propre village.
Mais la faune et la flore locales étaient toujours là, présentes dans nos poches et nos cartables. La boîte d’allumettes ou de pastilles, percée par nos soins pour permettre la survie d’un insecte, allait reprendre sa place dans le pupitre ; mais le grillon du mois de Juin avait fait place au vers luisant souvenir des retours nocturnes de nos promenades estivales. La nature bretonne était bien présente dans la salle de classe, le poil à gratter n’était pas d’importation, nous l’avions cueilli le long du chemin qui mène à l’école.
Cependant la rupture d’avec le pays breton avait été nette, brutale, déchirante. Nos sabots alignés le long du mur, près de la porte, en témoignaient. Ils étaient là, comme en pénitence, attendant sagement les récréations et la fin de la journée pour reprendre vie sous nos pieds d’écoliers bretons. Dernière survivance du costume breton, nos botoù koad (sabots de bois) étaient notre fierté. Il fallait être Parisien ou habiter le bourg pour leur préférer des souliers de cuir.
Aujourd’hui, dans un rêve, j’entrevois mes sabots alignés près des sandales de Moïse et de Josué. Comme eux, Dieu m’interpelle, à l’école de la foi il m’appelle. « Ote tes souliers de tes pieds », me dit-il par la plume de Moïse. Et « Je t’enseignerai ce que tu auras à dire et à faire. » (La Bible, Exode 3 v. 5 et 4 vv. 12,15.)
A l’appel de Dieu mon être s’éveille, je veux à nouveau chausser des sabots. Des sabots de bois, des botoù koad, que je pourrais enlever en un clin d’œil, les tenir à la main ou les poser dans un coin, pour dire au Maître de l’univers : « Seigneur, sur une terre qui est la tienne, me voici à ton écoute. Enseigne-moi Ta Parole. Qu’en mon âme elle inculque ta sagesse afin que mes pieds suivent Tes sentiers. Voyant Jésus pour moi, de la crèche à la croix s’abaisser, Seigneur, je n’ai pu que me déchausser. Puis, ayant appris qu’il a expié mon péché et qu’il est ressuscité, je reçois Ton Esprit. Seigneur, face à l’immensité de ton amour, malgré mon âge, je ne suis qu’un écolier ! Avec ou sans sabots, apprend-moi à marcher dans tes voies ! »
Que nos sabots soient de bois ou de souvenirs, prenons le temps de les ôter pour découvrir que Dieu est là, tout près, et n’attend que notre bon vouloir pour se faire connaître à nous et nous ouvrir la porte de son Royaume.
Bonne rentrée !
Alain Monclair.


SORTIR DU TOHU-BOHU.

Wednesday, 1 August 2007



« La terre était informe et vide, et il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. » La Bible. Genèse 1 : 2-3.
Nos vies ressemblent bien souvent aux préliminaires de la Création du monde décrits dans les premières pages de la Bible, la Genèse. Nous avons besoin que Dieu nous parle pour sortir de notre obscur chaos primitif. Il faut que l’Esprit souffle en nous la Parole créatrice pour que nos vies prennent forme et se remplissent. Pour que ceci se réalise, nous devons accueillir la Parole de Dieu. Mais savons-nous écouter ? Sommes-nous assez réceptifs pour entendre et apprécier une Parole dont la puissance ne se mesure pas en décibels ? Le barde breton Glenmor écrivait : « Le malheur des hommes, même des hommes de foi, vient souvent de ce qu’ils ne savent pas écouter le silence de Dieu. Il faut pour l’entendre, savoir faire silence, échapper à tous ces bruits désagréables qui naissent des hommes et de nous-mêmes surtout : tous ces relents d’égoïsme qui nous empêchent de l’entendre. Parce qu’il est silence, il parle par la lumière. »
Pour sortir du tohu-bohu, de l’informe, du vague et du vide initial, il suffit d’accueillir en nous Celui que l’Evangile selon Jean nomme Parole et Lumière : Jésus-Christ. Sa présence dans une vie humaine produit une véritable métamorphose. D’enfant du chaos nous devenons alors enfant du Créateur, et nous jouissons d’une véritable relation avec Dieu.
Dieu a parlé et sa Parole nous est accessible dans l’Evangile, mettons-nous donc à son écoute et plaçons notre vie sous l’éclairage de sa lumière.

« Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. Il était avec Dieu, il était lui–même Dieu. Au commencement, il était avec Dieu. Tout a été créé par lui ; rien de ce qui a été créé n’a été créé sans lui. En lui résidait la vie, et cette vie était la lumière des hommes.
La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas étouffée. Un homme parut, envoyé par Dieu ; il s’appelait Jean. Il vint pour être un témoin de la lumière, afin que tous les hommes croient par lui. Il n’était pas lui–même la lumière, mais sa mission était d’être le témoin de la lumière. Celle–ci était la véritable lumière, celle qui, en venant dans le monde, éclaire tout être humain. Celui qui est la Parole était déjà dans le monde, puisque le monde a été créé par lui, et pourtant, le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas accueilli.
Certains pourtant l’ont accueilli ; ils ont cru en lui. A tous ceux–là, il a accordé le privilège de devenir enfants de Dieu. Ce n’est pas par une naissance naturelle, ni sous l’impulsion d’un désir, ou encore par la volonté d’un homme, qu’ils le sont devenus ; mais c’est de Dieu qu’ils sont nés. » Evangile selon Jean, chapitre 1er. (Bible du Semeur)
Alain Monclair.


KELOU MAD

Tuesday, 1 May 2007



KELOU-MAD n’est pas seulement le nom de mon bateau, c’est aussi un souvenir d’enfance qui ensoleille ma mémoire. Lorsque ma mère s’arrêtait le long du chemin pour faire la causette avec quelqu’un, elle s’exprimait souvent en breton. Comme on ne nous enseignait plus cette langue, mes petites oreilles d’enfant étaient d’autant plus attentives et désireuses de connaître les secrets des adultes. Le mot KELOU revenait constamment dans les questions posées à ma mère. Je découvris rapidement ce qu’il signifiait. Les gens demandaient tout simplement à ma mère si elle avait reçu des « nouvelles » de mon père qui était marin. Parce que l’on espérait que les nouvelles soient « bonnes », on y ajoutait souvent « MAD ». KELOU-MAD veut dire « Bonnes nouvelles ». Comme toutes les familles de marin, nous guettions tous les jours le facteur, dans l’espoir qu’il sortirait de sa sacoche l’une de ces fameuses lettres « Par avion » qui venaient du bout du monde nous rassurer. Lorsque nous en recevions une, notre moral remontait immédiatement d’un cran, et la journée nous paraissait plus belle, quelle que fût la météo. Nous vivions à ces moments-là ce que constate Salomon dans la Bible : Comme de l’eau fraîche pour une personne fatiguée, ainsi est une bonne nouvelle venant d’une terre lointaine (Proverbes 25.25).
Une révolution dans ma vie:
KELOU-MAD n’était pas un bateau tout neuf. Il fut construit en Mai 1968 ! mais ce n’est pas cette date qui marque la plus grande révolution dans ma vie. KELOU-MAD symbolise cependant le plus grand bouleversement de ma vie.
Cette révolution personnelle commença sur la mer. Mon premier bateau se nommait « L’Epave » et m’apprit à manier l’aviron. Le second s’appelait « L’Espérance » et j’y ai découvert les joies de la voile. Ce souffle invisible dont la puissance ne se mesure pas en chevaux m’a séduit puis interpellé. Lorsque je hissais sa lourde misaine, « L’Espérance » se métamorphosait. Le pesant canot paimpolais semblait oublier son poids sous l’effet de la brise. Il commençait par prendre un peu de gîte, comme s’il voulait, de son flanc ventru, donner un gros câlin à l’Océan. La mer lui répondait en murmurant une romance le long de sa coque, une pression rassurante se faisait sur la barre et le sillage semblait écrire une secrète missive sur les flots. A chaque virement de bord une conviction grandissait en moi : un être ingénieux, invisible mais puissant, se cachait derrière les éléments naturels. Qui donc donne des lois à l’univers pour que les bateaux flottent et les pierres coulent, pour que les voiliers naviguent et les goélands volent ? La question ne me quitta pas avant que je ne la pose dans un cri du cœur au créateur de l’univers : « Dieu, si tu existes, montre-toi ! »
Il n’y eut pas de miracle instantané, mais la réponse ne tarda pas. Dans les jours qui suivirent, je lus la Bible pour la première fois de ma vie, et deux convictions naquirent en moi. Tout d’abord, le Dieu dont il est question dans le récit de la Création du monde est celui dont je pressentais la présence invisible derrière les éléments marins. Ensuite je découvris que le Jésus dont parlent les Evangiles (seconde partie de la Bible) ne se cantonne pas dans le rôle religieux que les hommes veulent lui attribuer. Le Jésus des Evangiles accompagne ses disciples dans leurs barques, il se mouille avec eux sous les embruns, il ne méprise pas l’odeur du poisson. L’Evangile présente Jésus à la fois Maître des éléments et équipier discret et efficace. Il est aussi le Maître des consciences et de nos barques !
Cette découverte fut une véritable rencontre avec Jésus-Christ et déboucha sur une nouvelle vie après laquelle tout mon être soupirait. C’est une bonne nouvelle que je ne peux pas garder secrète ! Au fait... « Bonne Nouvelle », c’est la traduction exacte du mot « Evangile » , et « Bonne Nouvelle » en breton se dit : « KELOU-MAD ». Le nom de mon bateau est pour moi un clin d’œil, ou un nœud dans mon mouchoir, qui me rappelle que je ne suis pas seul dans ma barque ! Et lorsque les circonstances, le travail ou la météo ne me permettent pas de goûter aux joies de la voile, le Maître des océans ne m’abandonne pas, même à terre son souffle murmure la Bonne Nouvelle de l’Evangile à mon cœur.
Si mon histoire vous laisse froid, c’est peut-être parce que vous aimeriez qu’elle soit la vôtre. Si c’est le cas, j’ai une bonne nouvelle pour vous. Depuis qu’il est ressuscité, Jésus peut être dans toutes les barques à la fois. Ne vous croyez pas ridicule si lorsque votre voile se gonfle sous la brise vous y voyez le souffle de Jésus. Si le vol d’une mouette, la danse des embruns ou les couleurs de la mer soudain vous paraissent extraordinaires, n’oubliez pas d’en remercier le Créateur et demandez-lui de signer votre livre de bord afin qu’il fasse route avec vous chaque jour.
Bon vent !

Kelou mad digazet euz eur vro bell,A zo evel dour fresk da eun den hen deuz sec’hed ha skwiz.
Proverbes 25.25 (La Bible en breton.Traduction du Pasteur Le Coat)
Alain Monclair.

Le Noël de Corentin Botoukoat

Wednesday, 20 December 2006



Connaissez-vous l'histoire de Corentin Botoukoat? Bien qu'elle soit née d'hier ou d'avant hier, elle date du siècle dernier. Le jour le plus important de la vie de Corentin Botoukoat fut un jour de Noël, vraisemblablement dans les années 50, mais cela aurait très bien pu survenir l'année dernière...ou cette année...bien que...aujourd'hui il n'y a plus beaucoup d'amateurs de botoukoat comme l'était Corentin. Corentin était un inconditionnel des sabots de bois, à un tel point que ses camarades d'école l'avaient surnommé Corentin Botoukoad.Sabots de bois étant en français ce que botoukoat est en breton. Rien ne valait une paire de botoukoat pour Corentin. Il y voyait des avantages innombrables, comme par exemple: -Marcher les pieds au sec comme sur du parquet ciré alors que la route est boueuse. -Jouer au foot avec des boîtes de conserves ou même shooter dans une pierre sans se faire


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LA MORT EN BRETAGNE:LEGENDE OU REALITE ?

Thursday, 14 September 2006


L’influence des légendes sur la réalité est parfois dramatique. Anatole Le Braz, auteur du fameux livre « La légende de la mort chez les Bretons », en fit la douloureuse expérience. Le 20 Août 1901, onze membres de sa famille périrent noyés au large de Plougrescant, à 200 mètres seulement de la côte. Il y a eu un seul survivant, qui succomba quelques semaines plus tard. Ce rescapé, Léon Marillier, put décrire l’horreur du drame. Anatole Le Braz rapporte son témoignage:

« La côte était assez rapprochée pour qu’il pût distinguer non seulement le profil des maisons, mais jusqu’aux ombres des gens dans le cadre des vitres encore éclairées. A tout instant il se disait : on va venir. Point. Les lumières du rivage s’éteignirent l’une après l’autre et personne ne bougea. Il cria toute la nuit : toute la nuit on le laissa crier. Ce n’est qu’à l’aube qu’on se décida à recueillir cette épave humaine que la mer avait épargnée. »

Pourquoi les habitants de la côte ne sont-ils pas allés au secours des naufragés ? Anatole Le Braz y voit le poids des légendes. « Car elles vivent ces légendes, écrit-il, elles vivent dans le cœur des Bretons d’aujourd’hui presque aussi intensément qu’elles vécurent dans le cœur de leurs lointains ancêtres. » Pourquoi le secours ne vint-il que trop tard ? Anatole Le Braz posa la question à plusieurs. « Une femme de pêcheur à qui j’en faisais tristement reproche me répondit en baissant la tête : Oh ! nous entendions bien les appels, ils déchiraient assez la nuit ! Mais à cause de cela même, nous croyions que c’étaient les âmes de l’Enfer de Plougrescant qui hurlaient. » (Il y a une crique à Plougrescant qui se nomme Baie de l’Enfer.)

Ce récit fait trembler, car de telles superstitions eurent une réelle influence sur le comportement des populations. Ne courrons-nous pas les même risques aujourd’hui ? Nous pouvons nous demander pourquoi les rééditions de « La légende de la mort chez les Bretons » rencontrent encore un tel intérêt. Il y a bien sûr la qualité d’écriture d’Anatole Le Braz et l’imagination fertile et colorée des conteurs qui brodèrent ces légendes sur un fond de réalité avec les fils de la crainte et de la fascination pour la mort, stimulés par l’auditeur pendu à leurs lèvres.


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