Kénavo Commandant Tabarly.
Kénavo Commandant Tabarly
Il est minuit, tout est calme malgré la tempête pour le capitaine Tabarly. Comme un cabri dans son pré, le « Pen Duick » centenaire bondit sur la mer agitée. Mais soudain, à minuit quinze, ce 12 Juin 1998, l’impensable arrive. Dans cet immense chahut nocturne, d’un seul coup de corne ou de baume, son fidèle « Pen Duick » fait disparaître Éric Tabarly dans les eaux froides de la Mer d’Irlande.
Il est midi lorsque j’apprends la triste nouvelle, mon ciré et celui de mon fils dégoulinent encore de notre dernière sortie en mer. Le choc est rude. Personne ne veut y croire. Une telle figure de proue des bateaux de nos rêves peut-elle disparaître ainsi ? Oui, il faut se rendre à l’évidence.
Je ne veux pas être trop prolixe en évoquant la mémoire de ce marin au silence légendaire. Car sa sobriété verbale est un message qu’il nous lance comme une bouteille à la mer. Le solide bon sens d’ Éric Tabarly peut nous aider à vaincre la mauvaise habitude de pester inutilement lorsque tout va mal. Voici l’incident qu’il raconte à ce sujet dans son livre « Mémoires du large » :
« Sous un ciel bleu lavande…la baie de Quiberon s’étire devant nous. Je tiens la barre et je pense que rien ne peut ternir, assombrir ma félicité. Je me trompe.
Cela commence par un claquement sec… le mât oscille, puis, vaincu par le poids de la voilure, casse net au ras du pont.
Je ne m’attarderai pas sur ce mauvais souvenir. On s’active à ramasser le gréement, dans un silence sépulcral, car rien ne sert de pester, jurer, gueuler à la suite d’un pépin, si gros soit-il. Les jurons et les récriminations ne sont que des pertes de temps. » (Page 57).
Lorsque l’épreuve surgit, l’heure est aux réparations et à la réflexion. Qu’ai-je appris par ce « pépin » ? Ce bon réflexe a certainement contribué à faire d’Éric Tabarly, non seulement un grand navigateur, mais également un formateur exceptionnel. Parmi les nombreux équipiers qui embarqueront à bord de son « Pen Duick VI », plusieurs deviendront célèbres : Philippe Poupon, Titouan Lamazou, Jean-Louis Etienne, et bien d’autres.
De la mer à la foi, il n’y a qu’un pas ! La Bible nous recommande de veiller sur notre langage, car il est le miroir de notre cœur. Si nous veillons sur nos paroles nous pouvons, nous aussi, avoir l’espoir de devenir utile aux autres dans leur traversée de la vie. Voici en effet ce qu’écrit l’apôtre Paul aux Éphésiens : « “Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, mais, s’il y a lieu, quelque bonne parole, qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent.” (Éphésiens 4:29 NEG).
Alain Monclair.

