Le Sermon sur la montagne (3)
Sunday, 8 August 2010
Jésus et la pratique religieuse.
Lecture : Matthieu 6 ; 1 à 18.
« Gardez–vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 6:1 NEG)
Pour beaucoup de personnes la pratique d’une religion est un rituel bien défini. Lorsque des catholiques d’un certain âge viennent pour la première fois dans nos lieux de culte protestants évangéliques, elles sont un peu gênées car elles ne savent pas comment se comporter. Elles ont appris à faire le signe de croix, se lever, s’asseoir ou s’agenouiller à certains moments de la messe, et ne trouvant pas les mêmes repères chez nous, elles se sentent déroutées. Les formes extérieures de la religion rassurent les uns et déroutent les autres.
Quelle ne fut pas ma surprise, lors de ma première escale de jeune marin à Dakar, de voir tout à coup les gens s’affaler sur le trottoir pour faire leur prière. Je découvrais l’islam et ses pratiques religieuses, en cette période de Ramadan leur zèle était décuplé.
Les Juifs ont aussi leur manière bien à eux de prier devant le mur des lamentations à Jérusalem, en se balançant sans cesse d’avant en arrière.
Dans une même religion, chacun a sa manière de vivre les rituels et les liturgies. Certains se contentent de suivre le mouvement et d’autres attirent l’attention sur eux-mêmes. La pratique religieuse, même chez les évangéliques, peut devenir un étalage de piété personnelle. En général les gens n’aiment pas ceux qui en font trop en public.
Une dame musulmane, originaire d’un pays du Maghreb, et vivant en France, me disait que toutes les religions qu’elle avait vues étaient les mêmes. D’après elle tous ceux qui en faisait le plus devant les autres étaient des hypocrites. Elle mettait Musulmans, Juifs et chrétiens dans le même sac, plus ils étalaient leur religion en public, plus ils étaient décevants dans leur vie. C’est alors que j’ai pu lui dire que pour Jésus ce qui comptait, ce n’était pas l’attitude corporelle de la prière, ni même les paroles à réciter mais l’attitude d’esprit, et nous avons lu les versets 6 à 8 de ce chapitre 6 de Matthieu. La vraie religion, celle qui plait à Dieu, est une relation profonde et sincère avec le Père, dans tous les domaines de notre vie de croyant. Une même phrase est répétée trois fois pour chacun des domaines abordés par Jésus dans Matthieu 6 : « et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:4 NEG). La pratique religieuse enseignée par Jésus consiste à se présenter devant le Père dans une totale transparence, en n’accordant aucune autorité aux apparences devant les hommes. Tel est l’enseignement de Jésus dans le Sermon sur la montagne. Partons donc à la découverte de ce que Jésus dit sur l’aumône, la prière et le jeûne.
I°. L’aumône.
« Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:2-4 NEG)
L’aumône est ce qu’on pourrait nommer aujourd’hui l’action sociale. Dieu accorde une grande attention aux plus démunis, les pauvres, la veuve et l’orphelin, l’étranger et le prisonnier. « Il y aura toujours des indigents dans le pays ; c'est pourquoi je te donne ce commandement : Tu ouvriras ta main à ton frère, au pauvre et à l'indigent dans ton pays. » Deutéronome 15:11. Selon notre cadre de vie il nous est possible d’être rarement confrontés à ces indigents, mais ils sont là et Dieu nous invite non seulement à les découvrir mais à les secourir. La lettre de Jacques accorde une grande importance à ce secours qui fait partie intégrante de la foi chrétienne: « Mes frères, que sert–il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? Cette foi peut–elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l’un d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez–vous et rassasiez–vous ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert–il ? » (Jacques 2:14-16 NEG). Jacques aborde également la discrétion dans laquelle doit se pratiquer l’aumône ou le secourt fraternel : « Si quelqu’un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » (Jacques 1:26-27 NEG)
L’aumône doit venir du cœur, elle est un élan d’amour pour le prochain dans la difficulté. Face aux nombreuses sollicitations il est difficile de savoir comment secourir les indigents avec nos ressources limitées. Ici Jésus nous éclaire sur la manière d’obtenir une direction. C’est dans le secret, le regard tourné vers notre Père céleste que nous pourrons obtenir le recul nécessaire et sérénité pour pratiquer l’aumône. Notre meilleure récompense est le sourire approbatif de Dieu.
Cependant, le secret total de nos générosités n’est pas toujours possible, voici ce qu’en dit John Wesley : « « Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite » (Matthieu 6.2). Expression proverbiale qui veut dire : Fais le bien aussi secrètement que possible, et avec efficacité, car il faut qu’il s’accomplisse, soit en secret, soit en public. Si vous êtes pleinement persuadé dans votre esprit qu’en ne cachant pas le bien que vous faites, d’autres pourront être encouragés, alors ne le cacher pas ; alors « que votre lumière paraisse » et « éclaire ceux qui sont dans la maison ». Mais hormis ces cas où la gloire de Dieu et le bien des hommes demande le contraire, agissez d’une façon aussi secrète et aussi privée que possible, « afin que ton aumône se fasse en secret, et ton Père qui voit dans le secret te récompensera publiquement », peut-être déjà dans ce monde (il y en a des exemples dans tous les âges), mais infailliblement dans le monde à venir, devant la grande assemblée des hommes et des anges. » John Wesley. Le Sermon sur la montagne, page 116. Georges Muller glorifia Dieu en donnant plus d’un million de livres sterling de son époque pour nourrir des orphelins. Mais il put les donner uniquement parce que Dieu les lui donna auparavant. Son aumône n’était pas la sienne, mais celle de Dieu, et elle glorifia Dieu et aida des milliers de chrétien à faire confiance à Dieu pour faire avancer son œuvre.
II°. La prière.
La prière est le domaine religieux que Jésus aborde le plus longuement. Il parle tout d’abord de la préparation à la prière et ensuite du contenu de la prière.
La préparation à la prière :
« Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. » (Matthieu 6:5-8 NEG)
Chacun d’entre nous a été témoin d’attitudes religieuses qui nous ont dégoûté plutôt qu’encouragé à prier. C’est d’ailleurs pour cela que Jésus dénonce ces mauvaises attitudes. Il ne veut pas que nous soyons freinés dans notre recherche de Dieu par les exemples inadéquats que nous avons rencontrés. La véritable prière n’est pas show-business devant Dieu. La prière publique a sa place, mais elle doit jaillir des profondeurs de notre intimité avec Dieu, de façon à nous conduire dans la présence de Dieu en oubliant l’homme. J’ai connu dans mon enfance cette façon de prier en répétant interminablement les mêmes paroles de prières qu’on comptabilisait à l’aide d’un chapelet. Jean Calvin nommait cette pratique « battologie », ce qui veut dire la répétition vaine et inutile de ce qu’on a déjà dit. « La persévérance dans la prière n’a rien à voir avec la prolongation superstitieuse et la vaine répétition des prières, qui sont défendues par notre Seigneur (Matthieu 6.7). » Institution Chrétienne. Livre III, chapitre XX, 29.
Dans les milieux évangéliques, J’ai parfois entendu de longues prières qui ont coupées mon élan pour prier ensuite. Dieu n’a pas besoin de très longues explications pour comprendre une situation, il connaît parfaitement les besoins de chaque situation.
Le contenu de la prière :
« Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne–nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonne–nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ne nous induis pas en tentation, mais délivre–nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Matthieu 6:9-15 NEG)
Le contenu de la prière consiste en 6 demandes, précédées du réglage de l’antenne sur le bon canal et suivies de la motivation de cette prière ainsi que d’ PS pour auditeurs oublieux.
Réglage de l’antenne. « Notre Père qui es aux cieux ! »
En priant nous nous tournons vers Dieu dans sa position céleste. Il n’est ni prisonnier ni même influencé par les circonstances terrestres comme nous le sommes.
Les six demandes.
Les trois premières concernent la personne de Dieu, les trois suivantes nous concerne. On retrouve un peu le schéma des dix commandements, où les cinq premiers concernent notre attitude envers Dieu et les cinq suivants nos responsabilités terrestres. On trouve également un même air de famille à la structure de la lettre aux Éphésiens où les trois premiers chapitres nous parlent de l’œuvre divine de Christ pour nous et les trois derniers de comment nous devons œuvrer en Christ et pour Christ.
1°. « Que ton nom soit sanctifié. » C’est avec respect que nous invoquons le nom de Dieu. Notre intimité avec Dieu ne doit pas banaliser pas son identité à nos yeux. Au contraire, plus nous prions, plus nous découvrons sa sainteté et donc la grâce qu’il nous accorde à nous pécheurs pour nous approcher de Lui. En priant nous nous tournons vers le lieu saint céleste.
2°. « Que ton règne vienne » En priant nous reconnaissons le souveraineté de Dieu et lui demandons d’étendre son règne sur la terre.
3°. «Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » En priant nous nous mettons à l’entière disposition de Dieu ou alors notre prière est un hypocrite marchandage.
4°. «Donne–nous aujourd’hui notre pain quotidien. » En priant sincèrement nous proclamons notre entière dépendance de Dieu. Même le paysan, le meunier et le boulanger sont appelés à prier pour demander leur pain quotidien. Le pain quotidien est une grâce de Dieu. Bien entendu il n’y a pas que le pain du boulanger, il y aussi le pain nécessaire pour marcher dans les voies de Dieu et résister au diable : « Jésus répondit : Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Matthieu 4:4 NEG). C’est également chaque jour que nous avons besoin de ce pain spirituel. En priant cette 4ème demande du ‘Notre Père’ nous reconnaissons que nous sommes quotidiennement et totalement dépendants de Dieu tant pour notre nourriture corporelle que spirituelle.
5°. «Pardonne–nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ». Le pardon appartient à Dieu, il en est le Créateur et l’instigateur. Dieu seul peut pardonner les péchés. Nous ne pouvons pas pardonner aux hommes leurs offenses envers Dieu, mais nous pouvons pardonner les offenses qui nous ont été faites personnellement. Recevoir le pardon de nos péchés implique logiquement le devoir de pardonner aux autres. Comment pourrions-nous être disciples de Celui qui s’est humilié, qui a souffert et qui est mort crucifié pour le pardon de nos péchés sans chercher à lui ressembler ? Nous sommes appelés à pardonner, non pas tant les criminels, les terroristes, les dictateurs qui font les titres de l’Histoire et de l’actualité, nous sommes appelés à pardonner tout d’abord ceux qui vivent ou ont vécu dans notre entourage immédiat. Ce sont ceux qui nous ont trahi personnellement, ceux qui nous ont rendu la vie difficile, ceux qui nous ont critiqué et découragé, ceux qui ont récidivé 7 fois ou 70 fois 7 fois par jour, ce sont ceux-là, nos frères et nos sœurs que nous avons tout d’abord à pardonner : « Supportez–vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez–vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez–vous aussi. » (Colossiens 3:13 NEG). Le pardon de Christ nous pousse à pardonner aux autres, et le pardon que nous accordons aux autres nous aide à mieux comprendre que Jésus-Christ nous accorde en demande à notre prière.
6°. « Ne nous induis pas en tentation, mais délivre–nous du malin. » N’est-ce pas ici une autre manière de nous dire « Veillez et priez ! » Ce n’est pas Dieu qui nous tente, la Bible est formelle à ce sujet. Certes Dieu permet que nous soyons tentés par le diable, puisque nous le sommes ! Non Dieu ne nous tente pas, mais il a le pouvoir de nous protéger, de nous éclairer sur les dangers, de nous fortifier au jour de la tentation. Sans Dieu nous sommes vulnérables et tombons dans l’esclavage. Ne soyons pas comme les contradicteurs de Jésus qui ne voulaient pas entendre parler de la possibilité du besoin d’être délivrés d’un esclavage quelconque : « Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne ; comment dis–tu : Vous deviendrez libres ? » (Jean 8:33 NEG). Chaque matin, dès le saut du lit, et même avant, nous sommes appelés à demander la protection et la délivrance de Dieu.
Motivation de la prière. « Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! »
Nous sommes appelés à croire que Dieu exauce une telle prière, car il en a le désir, les moyens et la puissance. Dieu est vivant, et ce n’est pas parce que la majorité de ses créatures l’ignorent que son règne sa puissance et sa gloire sont amoindris. Sa patience fait partie intégrante de sa puissance et de sa gloire. Nul ne peut se glorifier d’être plus patient que Dieu. Nul n’est assez puissant pour prolonger sa patience autant que Dieu sans craquer. Le règne de Dieu est sans égal, il règne dans nos vies dans les siècles et les situations les plus invraisemblables. Oui, la vie que Dieu nous propose n’est pas religion morte !
P.S. pour disciple oublieux. « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. ». Jésus tient vraiment à la notion de pardon, elle est au cœur de notre relation avec Dieu. Il y aura un jugement, mais notre vocation actuelle est de recevoir, vivre et annoncer le pardon que Jésus nous offre. Les contemporains de Jésus qui aimaient à prier au coin des rues n’étaient pas des champions du pardon. Au contraire, ils jugeaient sévèrement les pécheurs et ne leur offraient aucune possibilité de changement. Les religions humaines cherchent à réglementer les vies, tandis que l’Evangile transforme les vies.
III°. Le jeûne.
« Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:16-18 NEG)
Le jeûne, comme toute pratique religieuse peut être détourné de son véritable rôle par intérêt humain. Le plus horrible dérapage dans le détournement d’un jeûne est celui que proclama le roi Achab, sous l’influence de sa femme Jézabel, afin de s’emparer de la vigne de Naboth. Comme il ne voulait pas vendre sa vigne au roi Achab, Jézabel eut l’idée de mettre Naboth à la tête du peuple pour ce jeûne et ensuite de l’accuser de sédition. La chose faite, sur la déposition de deux faux témoins on lapida Naboth et le roi Achab prit possession de sa vigne (1 Rois chapitre 21).
Jésus ne parle pas contre le jeûne, mais il dénonce l’hypocrisie de ceux qui affichent manifestement leur jeûne devant les autres, alors qu’intérieurement il ne sont pas sur la même longueur d’onde que Dieu. Le prophète Esaïe dénonçait déjà la mauvaise utilisation du jeûne (Esaïe 58.3-12).
Le jeûne ne doit pas être un acte méritoire pour faire pression sur Dieu, mais un privilège accordé par Dieu pour rechercher sa face dans l’intimité du lieu secret. Il est évident qu’après un tête à tête avec Dieu nous n’avons pas le visage défait, mais rayonnant « Quand on tourne vers lui les regards, on est rayonnant de joie, Et le visage ne se couvre pas de honte. » (Psaumes 34:5 NEG)
La véritable religion est une relation heureuse avec Dieu. C’est pour établir, ou plutôt rétablir cette relation que Jésus est venu nous sauver. Lorsque nous donnons, lorsque nous prions et jeûnons, veillons à le faire devant notre Père qui voit dans le secret de nos cœurs, et il nous le rendra. Notre récompense est de plaire à Dieu, c’est la seule récompense qui a des prolongements éternels.
Lecture : Matthieu 6 ; 1 à 18.
« Gardez–vous de pratiquer votre justice devant les hommes, pour en être vus ; autrement, vous n’aurez point de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 6:1 NEG)
Pour beaucoup de personnes la pratique d’une religion est un rituel bien défini. Lorsque des catholiques d’un certain âge viennent pour la première fois dans nos lieux de culte protestants évangéliques, elles sont un peu gênées car elles ne savent pas comment se comporter. Elles ont appris à faire le signe de croix, se lever, s’asseoir ou s’agenouiller à certains moments de la messe, et ne trouvant pas les mêmes repères chez nous, elles se sentent déroutées. Les formes extérieures de la religion rassurent les uns et déroutent les autres.
Quelle ne fut pas ma surprise, lors de ma première escale de jeune marin à Dakar, de voir tout à coup les gens s’affaler sur le trottoir pour faire leur prière. Je découvrais l’islam et ses pratiques religieuses, en cette période de Ramadan leur zèle était décuplé.
Les Juifs ont aussi leur manière bien à eux de prier devant le mur des lamentations à Jérusalem, en se balançant sans cesse d’avant en arrière.
Dans une même religion, chacun a sa manière de vivre les rituels et les liturgies. Certains se contentent de suivre le mouvement et d’autres attirent l’attention sur eux-mêmes. La pratique religieuse, même chez les évangéliques, peut devenir un étalage de piété personnelle. En général les gens n’aiment pas ceux qui en font trop en public.
Une dame musulmane, originaire d’un pays du Maghreb, et vivant en France, me disait que toutes les religions qu’elle avait vues étaient les mêmes. D’après elle tous ceux qui en faisait le plus devant les autres étaient des hypocrites. Elle mettait Musulmans, Juifs et chrétiens dans le même sac, plus ils étalaient leur religion en public, plus ils étaient décevants dans leur vie. C’est alors que j’ai pu lui dire que pour Jésus ce qui comptait, ce n’était pas l’attitude corporelle de la prière, ni même les paroles à réciter mais l’attitude d’esprit, et nous avons lu les versets 6 à 8 de ce chapitre 6 de Matthieu. La vraie religion, celle qui plait à Dieu, est une relation profonde et sincère avec le Père, dans tous les domaines de notre vie de croyant. Une même phrase est répétée trois fois pour chacun des domaines abordés par Jésus dans Matthieu 6 : « et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:4 NEG). La pratique religieuse enseignée par Jésus consiste à se présenter devant le Père dans une totale transparence, en n’accordant aucune autorité aux apparences devant les hommes. Tel est l’enseignement de Jésus dans le Sermon sur la montagne. Partons donc à la découverte de ce que Jésus dit sur l’aumône, la prière et le jeûne.
I°. L’aumône.
« Lors donc que tu fais l’aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d’être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône se fasse en secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:2-4 NEG)
L’aumône est ce qu’on pourrait nommer aujourd’hui l’action sociale. Dieu accorde une grande attention aux plus démunis, les pauvres, la veuve et l’orphelin, l’étranger et le prisonnier. « Il y aura toujours des indigents dans le pays ; c'est pourquoi je te donne ce commandement : Tu ouvriras ta main à ton frère, au pauvre et à l'indigent dans ton pays. » Deutéronome 15:11. Selon notre cadre de vie il nous est possible d’être rarement confrontés à ces indigents, mais ils sont là et Dieu nous invite non seulement à les découvrir mais à les secourir. La lettre de Jacques accorde une grande importance à ce secours qui fait partie intégrante de la foi chrétienne: « Mes frères, que sert–il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? Cette foi peut–elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que l’un d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez–vous et rassasiez–vous ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert–il ? » (Jacques 2:14-16 NEG). Jacques aborde également la discrétion dans laquelle doit se pratiquer l’aumône ou le secourt fraternel : « Si quelqu’un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son cœur, la religion de cet homme est vaine. La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » (Jacques 1:26-27 NEG)
L’aumône doit venir du cœur, elle est un élan d’amour pour le prochain dans la difficulté. Face aux nombreuses sollicitations il est difficile de savoir comment secourir les indigents avec nos ressources limitées. Ici Jésus nous éclaire sur la manière d’obtenir une direction. C’est dans le secret, le regard tourné vers notre Père céleste que nous pourrons obtenir le recul nécessaire et sérénité pour pratiquer l’aumône. Notre meilleure récompense est le sourire approbatif de Dieu.
Cependant, le secret total de nos générosités n’est pas toujours possible, voici ce qu’en dit John Wesley : « « Mais quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait la droite » (Matthieu 6.2). Expression proverbiale qui veut dire : Fais le bien aussi secrètement que possible, et avec efficacité, car il faut qu’il s’accomplisse, soit en secret, soit en public. Si vous êtes pleinement persuadé dans votre esprit qu’en ne cachant pas le bien que vous faites, d’autres pourront être encouragés, alors ne le cacher pas ; alors « que votre lumière paraisse » et « éclaire ceux qui sont dans la maison ». Mais hormis ces cas où la gloire de Dieu et le bien des hommes demande le contraire, agissez d’une façon aussi secrète et aussi privée que possible, « afin que ton aumône se fasse en secret, et ton Père qui voit dans le secret te récompensera publiquement », peut-être déjà dans ce monde (il y en a des exemples dans tous les âges), mais infailliblement dans le monde à venir, devant la grande assemblée des hommes et des anges. » John Wesley. Le Sermon sur la montagne, page 116. Georges Muller glorifia Dieu en donnant plus d’un million de livres sterling de son époque pour nourrir des orphelins. Mais il put les donner uniquement parce que Dieu les lui donna auparavant. Son aumône n’était pas la sienne, mais celle de Dieu, et elle glorifia Dieu et aida des milliers de chrétien à faire confiance à Dieu pour faire avancer son œuvre.
II°. La prière.
La prière est le domaine religieux que Jésus aborde le plus longuement. Il parle tout d’abord de la préparation à la prière et ensuite du contenu de la prière.
La préparation à la prière :
« Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues et aux coins des rues, pour être vus des hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. En priant, ne multipliez pas de vaines paroles, comme les païens, qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne leur ressemblez pas ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. » (Matthieu 6:5-8 NEG)
Chacun d’entre nous a été témoin d’attitudes religieuses qui nous ont dégoûté plutôt qu’encouragé à prier. C’est d’ailleurs pour cela que Jésus dénonce ces mauvaises attitudes. Il ne veut pas que nous soyons freinés dans notre recherche de Dieu par les exemples inadéquats que nous avons rencontrés. La véritable prière n’est pas show-business devant Dieu. La prière publique a sa place, mais elle doit jaillir des profondeurs de notre intimité avec Dieu, de façon à nous conduire dans la présence de Dieu en oubliant l’homme. J’ai connu dans mon enfance cette façon de prier en répétant interminablement les mêmes paroles de prières qu’on comptabilisait à l’aide d’un chapelet. Jean Calvin nommait cette pratique « battologie », ce qui veut dire la répétition vaine et inutile de ce qu’on a déjà dit. « La persévérance dans la prière n’a rien à voir avec la prolongation superstitieuse et la vaine répétition des prières, qui sont défendues par notre Seigneur (Matthieu 6.7). » Institution Chrétienne. Livre III, chapitre XX, 29.
Dans les milieux évangéliques, J’ai parfois entendu de longues prières qui ont coupées mon élan pour prier ensuite. Dieu n’a pas besoin de très longues explications pour comprendre une situation, il connaît parfaitement les besoins de chaque situation.
Le contenu de la prière :
« Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne–nous aujourd’hui notre pain quotidien ; pardonne–nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ne nous induis pas en tentation, mais délivre–nous du malin. Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Matthieu 6:9-15 NEG)
Le contenu de la prière consiste en 6 demandes, précédées du réglage de l’antenne sur le bon canal et suivies de la motivation de cette prière ainsi que d’ PS pour auditeurs oublieux.
Réglage de l’antenne. « Notre Père qui es aux cieux ! »
En priant nous nous tournons vers Dieu dans sa position céleste. Il n’est ni prisonnier ni même influencé par les circonstances terrestres comme nous le sommes.
Les six demandes.
Les trois premières concernent la personne de Dieu, les trois suivantes nous concerne. On retrouve un peu le schéma des dix commandements, où les cinq premiers concernent notre attitude envers Dieu et les cinq suivants nos responsabilités terrestres. On trouve également un même air de famille à la structure de la lettre aux Éphésiens où les trois premiers chapitres nous parlent de l’œuvre divine de Christ pour nous et les trois derniers de comment nous devons œuvrer en Christ et pour Christ.
1°. « Que ton nom soit sanctifié. » C’est avec respect que nous invoquons le nom de Dieu. Notre intimité avec Dieu ne doit pas banaliser pas son identité à nos yeux. Au contraire, plus nous prions, plus nous découvrons sa sainteté et donc la grâce qu’il nous accorde à nous pécheurs pour nous approcher de Lui. En priant nous nous tournons vers le lieu saint céleste.
2°. « Que ton règne vienne » En priant nous reconnaissons le souveraineté de Dieu et lui demandons d’étendre son règne sur la terre.
3°. «Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » En priant nous nous mettons à l’entière disposition de Dieu ou alors notre prière est un hypocrite marchandage.
4°. «Donne–nous aujourd’hui notre pain quotidien. » En priant sincèrement nous proclamons notre entière dépendance de Dieu. Même le paysan, le meunier et le boulanger sont appelés à prier pour demander leur pain quotidien. Le pain quotidien est une grâce de Dieu. Bien entendu il n’y a pas que le pain du boulanger, il y aussi le pain nécessaire pour marcher dans les voies de Dieu et résister au diable : « Jésus répondit : Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Matthieu 4:4 NEG). C’est également chaque jour que nous avons besoin de ce pain spirituel. En priant cette 4ème demande du ‘Notre Père’ nous reconnaissons que nous sommes quotidiennement et totalement dépendants de Dieu tant pour notre nourriture corporelle que spirituelle.
5°. «Pardonne–nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; ». Le pardon appartient à Dieu, il en est le Créateur et l’instigateur. Dieu seul peut pardonner les péchés. Nous ne pouvons pas pardonner aux hommes leurs offenses envers Dieu, mais nous pouvons pardonner les offenses qui nous ont été faites personnellement. Recevoir le pardon de nos péchés implique logiquement le devoir de pardonner aux autres. Comment pourrions-nous être disciples de Celui qui s’est humilié, qui a souffert et qui est mort crucifié pour le pardon de nos péchés sans chercher à lui ressembler ? Nous sommes appelés à pardonner, non pas tant les criminels, les terroristes, les dictateurs qui font les titres de l’Histoire et de l’actualité, nous sommes appelés à pardonner tout d’abord ceux qui vivent ou ont vécu dans notre entourage immédiat. Ce sont ceux qui nous ont trahi personnellement, ceux qui nous ont rendu la vie difficile, ceux qui nous ont critiqué et découragé, ceux qui ont récidivé 7 fois ou 70 fois 7 fois par jour, ce sont ceux-là, nos frères et nos sœurs que nous avons tout d’abord à pardonner : « Supportez–vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez–vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez–vous aussi. » (Colossiens 3:13 NEG). Le pardon de Christ nous pousse à pardonner aux autres, et le pardon que nous accordons aux autres nous aide à mieux comprendre que Jésus-Christ nous accorde en demande à notre prière.
6°. « Ne nous induis pas en tentation, mais délivre–nous du malin. » N’est-ce pas ici une autre manière de nous dire « Veillez et priez ! » Ce n’est pas Dieu qui nous tente, la Bible est formelle à ce sujet. Certes Dieu permet que nous soyons tentés par le diable, puisque nous le sommes ! Non Dieu ne nous tente pas, mais il a le pouvoir de nous protéger, de nous éclairer sur les dangers, de nous fortifier au jour de la tentation. Sans Dieu nous sommes vulnérables et tombons dans l’esclavage. Ne soyons pas comme les contradicteurs de Jésus qui ne voulaient pas entendre parler de la possibilité du besoin d’être délivrés d’un esclavage quelconque : « Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne ; comment dis–tu : Vous deviendrez libres ? » (Jean 8:33 NEG). Chaque matin, dès le saut du lit, et même avant, nous sommes appelés à demander la protection et la délivrance de Dieu.
Motivation de la prière. « Car c’est à toi qu’appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! »
Nous sommes appelés à croire que Dieu exauce une telle prière, car il en a le désir, les moyens et la puissance. Dieu est vivant, et ce n’est pas parce que la majorité de ses créatures l’ignorent que son règne sa puissance et sa gloire sont amoindris. Sa patience fait partie intégrante de sa puissance et de sa gloire. Nul ne peut se glorifier d’être plus patient que Dieu. Nul n’est assez puissant pour prolonger sa patience autant que Dieu sans craquer. Le règne de Dieu est sans égal, il règne dans nos vies dans les siècles et les situations les plus invraisemblables. Oui, la vie que Dieu nous propose n’est pas religion morte !
P.S. pour disciple oublieux. « Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. ». Jésus tient vraiment à la notion de pardon, elle est au cœur de notre relation avec Dieu. Il y aura un jugement, mais notre vocation actuelle est de recevoir, vivre et annoncer le pardon que Jésus nous offre. Les contemporains de Jésus qui aimaient à prier au coin des rues n’étaient pas des champions du pardon. Au contraire, ils jugeaient sévèrement les pécheurs et ne leur offraient aucune possibilité de changement. Les religions humaines cherchent à réglementer les vies, tandis que l’Evangile transforme les vies.
III°. Le jeûne.
« Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6:16-18 NEG)
Le jeûne, comme toute pratique religieuse peut être détourné de son véritable rôle par intérêt humain. Le plus horrible dérapage dans le détournement d’un jeûne est celui que proclama le roi Achab, sous l’influence de sa femme Jézabel, afin de s’emparer de la vigne de Naboth. Comme il ne voulait pas vendre sa vigne au roi Achab, Jézabel eut l’idée de mettre Naboth à la tête du peuple pour ce jeûne et ensuite de l’accuser de sédition. La chose faite, sur la déposition de deux faux témoins on lapida Naboth et le roi Achab prit possession de sa vigne (1 Rois chapitre 21).
Jésus ne parle pas contre le jeûne, mais il dénonce l’hypocrisie de ceux qui affichent manifestement leur jeûne devant les autres, alors qu’intérieurement il ne sont pas sur la même longueur d’onde que Dieu. Le prophète Esaïe dénonçait déjà la mauvaise utilisation du jeûne (Esaïe 58.3-12).
Le jeûne ne doit pas être un acte méritoire pour faire pression sur Dieu, mais un privilège accordé par Dieu pour rechercher sa face dans l’intimité du lieu secret. Il est évident qu’après un tête à tête avec Dieu nous n’avons pas le visage défait, mais rayonnant « Quand on tourne vers lui les regards, on est rayonnant de joie, Et le visage ne se couvre pas de honte. » (Psaumes 34:5 NEG)
La véritable religion est une relation heureuse avec Dieu. C’est pour établir, ou plutôt rétablir cette relation que Jésus est venu nous sauver. Lorsque nous donnons, lorsque nous prions et jeûnons, veillons à le faire devant notre Père qui voit dans le secret de nos cœurs, et il nous le rendra. Notre récompense est de plaire à Dieu, c’est la seule récompense qui a des prolongements éternels.
Quimper Juillet 2010.
Alain Monclair.
Alain Monclair.

