Abraham et l’obéissance de la foi.
Lectures :
« C’est par la foi qu’Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu’il devait recevoir en héritage, et qu’il partit sans savoir où il allait. C’est par la foi qu’il vint s’établir dans la terre promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse. Car il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur. » (Hébreux 11:8-10 NEG)
« L’Eternel dit à Abram : Va–t–en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. Abram partit, comme l’Eternel le lui avait dit, et Lot partit avec lui. Abram était âgé de soixante–quinze ans, lorsqu’il sortit de Charan. » (Genèse 12:1-4 NEG)
Abraham est probablement l’un des personnages de l’histoire universelle qui attire le plus de sympathie dans le monde. « De tous les descendants d’Adam, il n’en est qu’un qui soit aussi universellement honoré qu’Abraham. Juifs, chrétiens et musulmans s’accordent à voir en lui le père des croyants. » Andrew Murray. Le voile déchiré, page 273.
Ayant une telle renommée, un grand nombre de choses ont été écrites au sujet d’Abraham. Rien que dans le livre de la Genèse, treize chapitres entiers ont été consacrés à Abraham. Il nous serait difficile de partager, en quelques minutes, la vie d’Abraham. Et c’est ici que ce texte de la lettre aux Hébreux nous est particulièrement précieux. En quelques mots il nous indique ce qui est remarquable et imitable dans l’expérience d’Abraham. Trois aspects de la foi d’Abraham ressortent nettement de ces trois versets d’Hébreux 11 :
1°. L’engagement de la foi. Verset 8.
2°. L’affermissement dans la vie par la foi. Verset 9.
3°. L’attente de la foi. Verset 10.
1°. L’engagement de la foi.
« C’est par la foi qu’Abraham a obéi lorsque Dieu l’a appelé et qu’il est parti pour le pays qu’il devait recevoir en héritage. Et il est parti sans savoir où il allait. » Hébreux 11 :8 Segond 21.
La véritable obéissance à Dieu repose sur la confiance que nous lui accordons. Le disciple de Jésus-Christ n’est pas un mercenaire, même lorsque sa vie devient une galère aux yeux des hommes il sait en qui il a cru. Voici ce que dit l’apôtre Paul à ce sujet : « Voilà pourquoi j’endure ces souffrances, mais je n’en ai pas honte, car je sais en qui j’ai cru et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder le dépôt qu’il m’a confié jusqu’à ce jour-là. » 1 Timothée 1 :12 Segond 21.
Le mot « obéir » signifie tout d’abord écouter ou prêter l’oreille. Le mot est utilisé pour décrire la démarche de celui qui vient à la porte pour savoir qui a frappé, c’est aussi être attentif à un ordre donné et s’y soumettre. L’obéissance nécessite une écoute, car si Dieu ne parle pas on ne peut pas lui obéir. Obéir ce n’est pas faire ce qu’on veut, c’est faire ce que Dieu veut. Abraham s’est mis en marche parce qu’il s’était tout d’abord mis à l’écoute de Dieu. Il n’a pas attendu que Dieu lui donne un plan détaillé des dix prochaines années de sa vie pour obéir à l’appel de Dieu. Nous trouvons ce même empressement à obéir aux paroles de Jésus chez ses premiers disciples : « Il (Jésus) leur dit : Suivez–moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt, ils laissèrent les filets, et le suivirent. De là étant allé plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient dans une barque avec Zébédée, leur père, et qui réparaient leurs filets. Il les appela, et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et le suivirent. » (Matthieu 4:19-22 NEG)
Prenons garde de ne pas faire la sourde oreille lorsque Dieu parle. Car Dieu parle encore aujourd’hui et il nous appelle à le suivre. Répondre à l’appel de Dieu est le premier pas de l’aventure de la foi. Sans ce premier pas il n’y a pas d’aventure de la foi, car sans ce premier pas il n’y a pas de suite possible, c’est aussi simple que cela. Sans ce premier pas il n’y a pas d’aventure de la foi, il n’arrive rien dans nos vies, car le mot « aventure » signifie « ce qui doit arriver ». Par contre, dès que nous mettons le pied en avant pour obéir à l’appel de Dieu, Dieu conduit nos pas et l’aventure de la foi commence sous le souffle de l’Esprit.
« Par la foi Abraham…partit. » L’appel de la foi n’a pas changé à travers les siècles. Cet appel exige toujours une séparation d’avec le monde et ses valeurs, tout en vivant dans ce monde. L’Église est le peuple des croyants, de ceux qui sont sortis du monde pour entrer en communion avec Dieu. Église ou « Ekklésia » signifie ek: hors de - klésis: appel.
Jésus invitait tous ses auditeurs à renoncer à tout pour le suivre (Luc 9 :23 ; 14 :25, 27, 33.). Nous avons reçu le même appel qu’Abraham, tout quitter pour suivre Jésus. C’est cela être un disciple. La rupture est intérieure spirituelle, nous étions sous la domination de notre héritage terrestre et nous ne le sommes plus dès que nous obéissons à l’appel de Dieu (cf. 1 Pierre 1 :18) . Croire c’est changer de Maître, car Jésus déclare que nul ne peut obéir à deux maîtres. La foi exclut le compromis, elle est toujours entière, indivisible et incorruptible.
« Va–t–en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. » Genèse 12 :1. Ce n’est pas seulement son pays, son lopin de terre q’Abraham quitte, mais aussi une culture et une famille. Nous connaissons tous les pressions qu’exercent la culture patriotique et l’esprit de famille clanique sur nous. Il n’est pas étonnant que Dieu ait demandé à Abraham de quitter Ur en Chaldée. Mais la Bible montre qu’Abraham ne rejeta pas ses responsabilités familiales puisqu’il prit avec lui son neveu Lot (Genèse 12 :5).
« Il partit sans savoir où il allait. » Il ne faut pas croire qu’Abraham partit dans le doute, il savait que Dieu allait lui indiquer en cours de route ce qu’il avait besoin de savoir. Partir sans savoir où l’on va ne veut pas dire partir à l’aveuglette. Lorsqu’on part quelque part pour la première fois, on ne sait pas vraiment où l’on va. On a beau avoir lu des guides sur l’endroit, avoir connu des gens qui y ont été, il y a toujours un ‘effet surprise’ lorsqu’on arrive à cet endroit. Il y a toujours une grande différence entre le réel et le virtuel. Ne nous contentons pas d'une foi virtuelle de simple spectateur. La marche par la foi est une suite de découvertes qui commence en découvrant Dieu. Même lorsque nous ne quittons pas notre pays comme Abraham, Dieu ouvre nos yeux sur de nouvelles dimensions. Nous commençons à voir que la terre est remplie de sa gloire, chose que la plupart semblent ignorer.
« Pour le pays qu’il devait recevoir en héritage » Cet héritage n’est pas lié à la mort de Dieu ! Mais Dieu partage avec nous cet héritage dès que nous renonçons à nous-mêmes pour lui obéir, on appelle ceci aussi ‘la mort à soi-même’. Dieu nous offre en héritage son royaume, par Christ nous devenons héritier avec Abraham : « Si vous appartenez à Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham et vous êtes héritiers conformément à la promesse. » Galates 3 :29.
2°. L’affermissement dans la vie par la foi.
« C’est par la foi qu’il est venu s’installer dans le pays promis comme dans un pays étranger. Il a habité sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse, » Hébreux 11 :9 Segond 21.
L’engagement par la foi est suivi d’une vie par la foi. La foi devient le mode de vie quotidien du chrétien.La foi reste toujours d’actualité dans la vie du croyant. La foi ne se résume pas à une décision initiale dans la vie, ni même à quelques expériences ponctuelles remarquables. La foi est le mode de vie du chrétien chaque jour de sa nouvelle vie.
Abraham ‘s’installe’ ou ‘s’établit’ ou encore ‘demeure’ dans le pays promis. Le mot ‘pays’ ou ‘terre’ peut se traduire par ‘terre arable’, c'est-à-dire un sol cultivable. Pour porter du fruit le croyant a besoin d’être sur le sol prévu par Dieu pour lui, il a besoin d’y demeurer (Jean 15). On ne peut pas transplanter une plante sans cesse ou alors elle ne peut pas porter de fruit. Pour porter du fruit il faut s’établir sur le terrain de Dieu, c’est là que la Parole de Dieu développera son fruit dans nos vies.
La terre ou le pays promis, c’est l’endroit désigné par Dieu, et non l’endroit de nos rêves que nous aurions choisi selon nos propres critères. Il est inquiétant de constater que les villes et les régions ensoleillées sont mieux pourvues en missionnaires que les villes froides, pluvieuses, polluées, et les banlieues dangereuses. Mais Dieu n’est pas maso et ne nous appelle pas à l’être ; Dieu est rempli d’amour pour tous ceux qui se perdent, tant sous des cieux cléments que dans des endroits sordides. Ceux qui obéissent à l’appel de Dieu en allant là où Dieu les veut ne regrettent pas leur choix. Car ce que Dieu a en vue pour nous se révèle toujours supérieur à ce que nous pouvons imaginer par nous-mêmes. Le pays de Canaan n’était pas un endroit rêvé, la corruption y régnait dans les sites les plus beaux. Lot l’apprit à ses dépends.
« Il a habité sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse, » La terre, même promise, n’est pas la résidence définitive du croyant. Dieu a constamment enseigné cette notion à son peuple. Jésus nous apprend à prier « notre Père qui est aux cieux ». La destination finale du croyant c’est le ciel, la demeure de Dieu. Cette finalité doit habiter la pensée du croyant. Dieu nous accorde souvent des bénédictions matérielles formidables sur cette terre, mais elles ne sont que l’ombre des bénédictions que Dieu nous réserve dans le ciel. Tout ce qui est ici bas passera, nous vivons une situation provisoire de notre parcours de croyant. Comme Abraham nous sommes des campeurs en terre étrangère même si nous sommes propriétaires d’une maison en dur et détenteurs d’une carte d’identité nationale, d’un passeport, d’un certificat de baptême et membres d’une église évangélique bien établie. Notre corps aussi est une habitation provisoire, à trois reprises Paul utilise le mot tente pour parler de nos corps (2 Corinthiens 5 :1, 2, 4), l’apôtre Pierre utilise la même expression (2 Pierre 1 :13). Dieu veut nous bénir dès ici-bas, mais même quand tout va bien et que nous sommes émerveillés par les bontés temporelles de Dieu, n’oublions pas que Dieu nous conduit vers une nouvelle terre et de nouveaux cieux encore meilleurs (Apocalypse 21 :1).
Cependant nous sommes tout à fait à notre place sur la terre maintenant et Dieu a des projets pour notre vie présente. Il désire faire de nous des hommes et des femmes de foi qui appelle les autres à se tourner aussi vers Dieu. Nous sommes les héritiers de la foi d’Abraham, s’il n’avait pas cru il n’y aurait pas eu d’histoire de la foi. D’autre part Dieu nous appelle à grandir dans la foi tout au long de notre séjour sur terre, c’est que déclarait l’apôtre Paul aux chrétiens de Philippe : « Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la poursuivra jusqu’à son terme, jusqu’au jour de Jésus-Christ. » Philippiens 1 :6 Segond 21.
3°. L’attente de la foi.
« Car il attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur. » Hébreux 11 :10 Second 21.
Abraham attendait autre chose que la terre de Canaan, mais il savait où attendre cette la réalisation de cette nouvelle promesse. L’attente n’est pas le point fort des hommes de ce siècle. On veut tout et tout de suite, et on nous y encourage pour faire fonctionner au mieux notre société de consommation.
Abraham a du patienter énormément. Dieu lui avait promis une descendance innombrable, et il dut attendre l’âge de 100 ans pour avoir le fils promis. Isaac et Jacob à leur tour ne furent que des résidents temporaires en terre étrangère sur le territoire de Canaan. Puis ce furent de longues années d’exil en Égypte pour leurs descendants. Nous n’aimons pas attendre comme nous n’aimons aller chez le dentiste. Mais quel soulagement lorsque nous sortons du cabinet dentaire, nous sommes prêts à nouveau à croquer la vie à pleines dents !
L’attente n’est pas une punition, l’attente fait partie intégrante de la vie telle que Dieu la conçoit. « Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière–saison. » (Jacques 5:7 NEG)
L’attente ne veut pas dire l’inaction, au contraire Dieu remplit cette attente de projets. C’est en servant le Dieu vivant et vrai que nous attendons le retour de son Fils Jésus-Christ (1 Thessaloniciens 1 :9-10).
L’attente à ses raisons. Dieu désire que l’Evangile soit annoncé à toute créature avant la fin des temps : « Cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations. Alors viendra la fin. » (Matthieu 24:14 NEG). L’apôtre Pierre aussi explique les raisons de cette attente : « Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques–uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. » (2 Pierre 3:9 NEG).
Attendre ce que Dieu a promis c’est avant tout s’attendre à Dieu. La Bible est remplie d’exhortations à s’attendre à Dieu. Pourquoi s’attendre à Dieu ? Parce qu’il y a des choses qui ne sont pas de notre ressort, Dieu seul doit les accomplir. Lui seul peut transformer radicalement nos vies. Lui seul peut bâtir l’Église de Jésus-Christ. Lui seul, par son Esprit peut nous rendre aptes à participer à cette construction, ce qui explique ses paroles aux apôtres : « Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit–il ; car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint–Esprit. » (Actes 1:4-5 NEG).
Conclusion.
Il est urgent de nous attendre à Dieu, de nous mettre à son écoute et d’obéir à ce qu’il nous ordonne.
Abraham nous a laissé un exemple à suivre, le suivrons-nous ?
L’engagement de la foi peur paraître énorme, trop grand pour nous. Et c’est vrai, l’engagement à vivre sa foi est trop grand pour nous, c’est pourquoi Dieu nous promet sa présence dans cette aventure de la foi. Il faut être fou pour partir sans savoir où l’on va à l’âge de 75 ans, mais il faut être encore plus fou pour mépriser l’appel que Dieu nous adresse. La folie d’Abraham est préférable à la sagesse de ce monde, son expérience le prouva, Dieu fut avec lui.
« Mais ceux qui se confient en l’Eternel renouvellent leur force. Ils prennent leur vol comme les aigles ; Ils courent, et ne se lassent point, Ils marchent, et ne se fatiguent point. » (Esaïe 40:31 NEG)
Quimper le 21 Mars 2010.
Alain Monclair.