L'AMOUR DU PROCHAIN.
Tuesday, 8 December 2009
Lecture préalable: Luc 10. 25-37. Matthieu 7. 12. Romains 13. 8-10.
L’hiver est là, Noël approche, la Croix Rouge vient de fêter ses 150 ans. Tout est là pour nous inviter à nous laisser interpeller par notre prochain en souffrance. L’amour du prochain est un critère de première importance pour évaluer notre foi. Le docteur de la loi et Jésus sont d’accord sur ce point. L’amour du prochain est inséparable de l’amour de Dieu, si l’on n’aime pas l’un on ne peut pas aimer l’autre. Le docteur de la loi connaissait les Écritures à la lettre, mais il ignorait l’importance et l’étendue de l’amour, il lui manquait la maturité et la curiosité auxquelles Marie NDIAYE fait allusion. « Maintenant que je mûris, je suis de plus en plus intriguée et intéressée par la bonté. Elle est plus difficile à comprendre que la cruauté, plus discrète et, par là, plus compliquée à décrire. » Marie NDIAYE, Romancière. L'EXPRESS 27 Août 2009.
La bonté est une expression pratique, visible et humaine de l’amour. Des organismes peuvent secourir, seuls Dieu et les hommes ont la capacité aimer. Mais les hommes, avec l’aide de Dieu et mus par son amour, peuvent venir au secours de leur prochain avec amour et sens de l’organisation. Ce fut le cas d’Henry Dunant, le fondateur de la Croix Rouge.
« Henry Dunant est né dans une famille chrétienne Suisse en 1838. Son père joignait à sa foi le secours des pauvres et des démunis de la ville de Genève. Henry Dunant a grandit à l’époque du Réveil en Suisse, et en a été influencé. Chaque Jeudi il se retrouve avec d’autres jeunes gens pour approfondir leur foi et leur engagement chrétien. Ces réunions du Jeudi le conduiront à fonder les Unions Chrétiennes de Jeunes Gens dont il rédigera la chartre à Paris en 1855. Les UCJC avaient pour but d’offrir aux jeunes gens de condition modeste des loisirs sains qui les écartent de la débauche. Les UCJC sont la branche française des YMCA fondées à Londres en 1844 par Georges Williams.
Henry Dunant n’est pas pasteur, mais il travaille dans les affaires. Ses patrons l’envoient en Algérie superviser une concession agricole. Les affaires marchent bien, mais il manque d’eau et pour cela il faut acquérir de nouveaux terrains. Mais l’administration lui refuse obstinément ces terrains. La seule solution est de recourir à la plus haute autorité qui n’est autre que l’empereur Napoléon III. Henry Dunant se rend en Italie où l’empereur est occupé à guerroyer, on le fait attendre en lui conseillant de se rendre à un endroit panoramique pour observer la grande bataille qui aura lieu le lendemain, c’était à Solferino. 300 000 soldats sont engagés dans une bataille frontale qui durera 14 heures. Cette seule bataille fait 40 000 morts et des milliers de blessés. Il faudra 3 jours pour enterrer les morts, dont le nombre augmente chaque jour car il n’y a pas suffisamment de médecins et d’infirmières pour soigner les blessés. Henry Dunant, horrifié par ce spectacle, ne se laisse pas paralyser par l’effroi, mais il mobilise les villageois des environs pour venir au secours des blessés des deux camps. Durant ces jours d’été 1859 Henry Dunant va se démener pour secourir le plus d’hommes possible, il est vêtu d’un costume blanc de réception prévu pour sa rencontre avec Napoléon III. Bouleversé, Henry Dunant retourne à Genève pour écrire ce qu’il a vu à Solferino, de ce témoignage poignant naîtra la Croix Rouge internationale. Comme pour toute association, il faudra en définir les buts. Sept valeurs fondatrices seront données comme cadre à l’action de la croix rouge. »
Je vous propose de considérer ces 7 critères en action dans l’histoire du bon Samaritain.
1°. L’humanité.
Le docteur de la loi savait qu’il ne pouvait pas aimer tout homme comme lui-même. Il cherche donc à se justifier en demandant à Jésus : « Qui est mon prochain ? » Et Jésus lui répond : « Un homme descendait de Jérusalem à… ». A maintes reprises l’Evangile utilise le mot homme pour présenter une personne, Jean, Matthieu, Zachée, etc.
Nous avons tous une tendance égoïste à regarder les hommes comme des objets faisant partie de notre décor quotidien. Bien entendu, nous ne pouvons pas secourir 60 millions de Français et encore moins 5 ou 6 milliards d’habitants. Mais ni le nombre de personnes en difficulté ni la petitesse de nos moyens personnels ne doivent détourner d’un homme en difficulté. Parce que nous sommes des hommes nous sommes concernés par le sort des autres hommes. Il n’ y a pas de victimes, il y a des hommes victimes de …. Il n’y a pas de dépressifs, il y a des hommes dépressifs. Il n’y a pas d’alcooliques, il y a des hommes et des femmes alcooliques. Il n’y a pas de pauvres, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui souffrent de pauvreté. Il faut rendre son humanité à chaque personne que nous sommes tentés d’inclure dans une catégorie. Jésus ne donne pas de nom à ce blessé sur la route de Jéricho, mais il lui donne son titre de noblesse : « homme ».
2°. L’impartialité.
Il n’y a pas besoin de savoir qui a tort ou qui a raison pour venir au secours de quelqu’un. Le Samaritain, à la vue du blessé, fut ému de compassion. “ Le jugement est sans miséricorde pour qui n’a pas fait miséricorde. La miséricorde triomphe du jugement. ” (Jacques 2:13 NEG)
Il est probablement plus facile de prendre des distances avec notre prochain que de vivre avec notre sensibilité, notre compassion et de chercher à pratiquer la miséricorde. Mais Dieu nous appelle a être solidaire de notre prochain et il nous a donné une intelligence et de sentiments pour vivre en harmonie avec les autres. L’ampleur de la misère qui nous entoure n’est pas une excuse pour nous développer une carapace d’insensibilité. Dieu est le soutien de notre cœur, il nous donne sa compassion et sa miséricorde pour aimer notre prochain, quel qu’il soit.
3°. L’indépendance.
L’un des problèmes des sacrificateurs et des lévites était qu’ils se sentaient l’obligation de se conformer au rang qui était le leur. Ils semblaient incapables d’être eux-mêmes. Or la conscience est tout d’abord un organe moral intime que Dieu nous a donné pour savoir comment nous comporter dans les diverses situations de la vie. Le Samaritain s’est laissé guidé par son bon sens. Il savait que cet homme blessé allait mourir seul au bord de ce chemin s’il ne faisait rien. On ne doit pas compter sur les autres pour faire ce qui se présente à nous et que nous pouvons faire. On ne doit pas avoir besoin d’avoir toujours quelqu’un sur le dos pour nous dire ce que nous devons faire. Dieu met sur notre route des personnes à qui nous pouvons faire du bien. Il n’est pas nécessaire d’être riche ou très doué pour faire du bien à quelqu’un. Un sourire peut ensoleillé une dure journée, une parole à propos peut soulager plus que 15 jours de repos, un coup de main peut aider au-delà du service rendu. La pite de la veuve peut avoir plus de valeur que le chèque à 5 ou 6 chiffres du riche. Ne négligeons pas “ Celui donc qui sait faire ce qui est bien, et qui ne le fait pas, commet un péché. ” (Jacques 4:17 NEG)
4°. La neutralité.
Lorsque nous voulons aider un blessé de la vie, il est bien souvent en conflit avec plusieurs personnes et même avec la société entière. Puisque nous lui accordons notre attention, la personne en difficulté croit parfois que nous prenons son parti. La neutralité est nécessaire pour pouvoir aider quelqu’un. “Le premier qui parle dans sa cause paraît juste ; Vient sa partie adverse, et on l’examine.” (Proverbes 18:17 NEG)
“ Vous mêler d’une querelle qui ne vous regarde pas, c’est comme attraper un chien par les oreilles. ” (Proverbes 26:17 Sem)
On peut soigner les blessés de la route sans nous mêler de leurs querelles. Puisque la guerre est dans le cœur de l’homme nous sommes obligés d’être neutres afin de soigner les blessés des camps adverses.
Le Samaritain n’a émis aucun jugement sur les circonstances, il a soigné le blessé.
5°. L’universalité.
La Croix Rouge est un organisme universel. Qui, après avoir lu la Bible, peut dire qu’il existe une catégorie d’homme qui ne doit pas bénéficier de la compassion des chrétiens. La révolution de l’Evangile c’est d’aimer ses ennemis. Jésus a donné sa vie pour ceux mêmes qui l’ont crucifié. On peut ne pas être d’accord avec la politique ou la religion de certains pays, mais on ne peut pas exclure un pays ou une race de la compassion que nous lui devons. Les enfants d’Ismaël sont pour la plupart des ennemis du peuple d’Israël, mais ils ne sont pas exclus de la bénédiction de Dieu. Ismaël n’est pas l’enfant de la promesse comme l’est Isaac, mais Dieu ne lui ferme pas les portes de la compassion : “ Et Abraham dit à Dieu : Oh ! Qu’Ismaël vive devant ta face ! ” (Genèse 17:18 NEG)
“ A l’égard d’Ismaël, je t’ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l’extrême ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. ” (Genèse 17:20 NEG)
Si nous appelons Dieu « notre Père », nous devons être animés de la même compassion que lui.
La règle de conduite que Jésus nous donne dans l’Evangile doit être la même pour tous et en tout lieu : “ Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites–le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes. ” (Matthieu 7:12 NEG)
Les promesses de l’Evangile sont accessibles à toute créature : “ Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. ” (Actes 2:39 NEG)
Soyons aussi universels que Dieu dans notre exercice de la compassion.
6°. Le volontariat.
Les armées recrutaient parmi les populations, elles incorporaient de gré ou de force les conscrits. La Croix Rouge n’a pas voulu adopter les mêmes principes pour secourir les victimes de la guerre.
Jésus n’exerce jamais la contrainte pour recruter ses disciples. C’est par élan du cœur basé sur la vérité que nous devenons chrétiens. Et c’est de bon cœur que nous sommes appelés à aimer tant Dieu que notre prochain.
“ Tout ce que vous faites, faites–le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes, ” (Colossiens 3:23 NEG)
Le Samaritain cité en exemple par Jésus n’aurait pas été poursuivi pour non assistance à personne en danger. Ce n’est pas la contrainte qui l’a poussé à agir, c’est volontairement, dans la mesure de ses moyens qu’il a pris en charge le blessé de la route.
Un chrétien doit désirer faire le bien : “ Ne nous lassons pas de faire le bien ; car nous moissonnerons au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas. Ainsi donc, pendant que nous en avons l’occasion, pratiquons le bien envers tous, et surtout envers les frères en la foi. ” (Galates 6:9-10 NEG)
Demandons à Dieu sa sagesse pour découvrir l’exercice du bien qui est à notre portée. Le désir de faire le bien rend créatif. Dieu ne force personne à faire le bien, mais il ouvre des chemins de service devant celui qui veut être en bénédiction à son prochain. Mais c’est lui le Maître, et nous sommes appelés à pratiquer les bonnes œuvres qu’il a préparées à l’avance pour nous. Il y a tant à faire que nous avons besoin d’être guidé par celui qui connaît tant nos capacités d’aujourd’hui et de demain que les besoins de notre prochain. Dieu nous forme en cours de route pour nous aider à mieux le servir auprès de notre prochain.
7°. L’unité.
La Croix rouge, tout en étant indépendante dans chaque pays, utilise les mêmes principes dans tous les pays.
Le peuple Dieu trouve son unité en Jésus-Christ et sa joie en le servant auprès des hommes, tant pour partager le message de l’Evangile que pour pratiquer de bonnes œuvres : “ Il s’est donné lui–même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartiennent, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres. ” (Tite 2:14 NEG)
Les besoins sont variés, mais c’est l’amour de Dieu qui fait l’unité de ceux qui le servent. A chacun un don est donné et ainsi le peuple de Dieu est apte à servir tous en toutes situations. Nous sommes son corps et nous devons manifester son amour envers les hommes ici bas, sinon comment croirons-ils en son amour ?
Conclusion.
Je propose de terminer cette réflexion sur l’amour du prochain par un texte de Jean Calvin au sujet du prochain :
Qui est notre prochain ?
Comme sous le nom de prochain, Jésus-Christ montre, dans la parabole du Samaritain, que le plus étranger est notre prochain (Luc 10.29-37), il ne faut pas restreindre l’application du commandement de l’amour à ceux qui ont des rapports de proximité ou d’affinité avec nous. Je ne conteste pas que plus une personne nous est proche, plus nous devons l’aider de façon familière. La simple humanité implique que si nous avons des liens de parenté, d’amitié ou de voisinage, nous nous préoccupions les uns des autres ; cela n’offense pas Dieu, dont la providence nous pousse à le faire. Cependant, je dis que nous devons avoir de tels sentiments vis-à-vis de tous les hommes, sans en excepter un seul, sans distinguer entre le Grec et le Barbare, sans regarder s’ils en sont dignes ou non, s’ils sont des amis ou des ennemis. Il faut les considérer en Dieu et non pas en eux-mêmes, car en détournant notre regard, il n’est pas étonnant que nous commettions beaucoup d’erreurs.
C’est pourquoi si nous voulons cheminer sur la voie droite de l’amour, nous ne devons pas considérer les hommes, car cela nous contraindrait souvent à les haïr plus qu’à les aimer. Il nous faut plutôt regarder à Dieu, qui nous commande d’étendre à tous les hommes l’amour que nous lui portons, et garder ce principe à l’esprit : quel que soit l’homme, il faut l’aimer si nous aimons Dieu.
Jean Calvin, l’Institution Chrétienne, pages 354-355. (Livre II- Chapitre VIII, 54.)
Que Dieu ouvre nos yeux et nos cœurs sur les besoins de notre prochain.
Quimper le 6 Décembre 2009.
Alain Monclair.
Alain Monclair.

